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Patrick Berard, DG de Rexel

le 30/08/2019 15:07:00


Si l'indice large parisien SBF 120 est bien parti pour terminer cette semaine sur une hausse supérieure à 3%, l'action Rexel fait mieux encore, en s'adjugeant 9%. Deuxième plus forte du benchmark après Faurecia, le titre du distributeur d'équipements électriques professionnels a notamment profité de l'optimisme exprimé hier par un bureau d'études influent, Goldman Sachs.

Il faut bien dire que le titre Rexel ne vit pas ses heures les plus fastes : même remonté à 9,5 euros, il demeure au bas de son intervalle de négociation des cinq dernières années, qui va de 8 à 18 euros.

Que dire des fondamentaux ? En 2018, et "en données comparables et à nombre de jours constant", la croissance des ventes a atteint 3,5%, pour 13,4 milliards de facturations. Ce taux était de 3,1% au 1er trimestre (T1) puis de 2,4% au T2. Ce qui reste en ligne avec la prévision annuelle de la direction : entre 2 et 4%.

Quid de la rentabilité opérationnelle (EBITA) ajustée ? Améliorée de 10 points de base en 2018, à 4,6% (dont 5% au 4ème trimestre), la marge est restée stable à 4,7% au 1er semestre (S1) de 2019. En hausse de 2% au S1 malgré un effet calendaire défavorable qui devrait s'inverser au S2, l'agrégat est toujours attendu en progression de 5 à 7% sur l'ensemble de 2019, dont la seconde partie s'annonce donc meilleure que la première.

Ces éléments n'ont cependant pas suffit à convaincre les investisseurs. Hier en revanche, les arguments développés par les analystes de Goldman Sachs pour revenir à l'achat sur le dossier (en visant 12 euros d'ici 12 mois) Rexel ont manifestement porté : le titre a pris 5,2% la veille et encore près de 3% ce midi.

Nous reviendrons sur deux des arguments de la banque d'affaires américaine. Primo, faisant partie du secteur de la distribution, Rexel suscite des craintes de "disruption" de la part des nouveaux géants de l'e-commerce. L'américain Amazon n'a-t-il pas lancé aux Etats-Unis son offre professionnelle Amazon Business en 2015, avant de la proposer également en France au début de 2018 ? Or à l'époque, l'action Rexel se traitait dans la zone des 15 euros...

Mais selon Goldman Sachs, il est pratiquement impossible de trouver la preuve qu'Amazon a pénalisé Rexel, dont les marges ont d'ailleurs continué de s'améliorer. Rexel fournit par exemple les chantiers de construction avec des dispositifs commerciaux spécialement adaptés. Pas sûr qu'Amazon dispose de ce savoir-faire. Le groupe français a aussi dopé la part de ses ventes en ligne, ce qui n'a apparemment pas pénalisé les marges.

"Nous n'avons pas non plus trouvé d'éléments témoignant du découplage de la croissance de Rexel par rapport à celle de ses principaux fournisseurs", indique aussi note. Et le groupe ne semble pas avoir perdu de parts de marché ces trois dernières années, calcule Goldman Sachs.

Conclusion, en substance : si Amazon a mis sens dessus dessous un bonne partie de la distribution traditionnelle généraliste et s'est imposé face aux acteurs traditionnels, pas sûr qu'il soit capable d'en faire autant dans la distribution spécialisée, où les barrières à l'entrée sont plus élevées.

Secundo, voici un argument de Goldman Sachs qui n'a sans doute pas échappé aux amateurs de "situations spéciales" : la dimension spéculative. En effet, les analystes jugent le marché de Rexel "très fragmenté", et donc que "de nouvelles fusions ou autres formes de consolidation auraient du sens". D'autant que la valorisation actuelle du groupe est basse.

Goldman Sachs rappelle d'ailleurs que ces derniers mois, le fonds de private equity CVC a racheté l'acteur suédois Ahsell, qui opère dans des domaines connexes à ceux de Rexel. Et qu'un autre fonds, Cevian, a augmenté sa participation au tour de table Rexel au 4ème trimestre 2018, quand les gestionnaires de Trian ont fait de même au capital de l'acteur britannique Ferguson en juin dernier.

EG

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