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Elon Musk, DG de Tesla

le 06/01/2021 15:18:00

Tesla est déjà valorisé comme si le groupe vendait 22 millions de véhicules et dégageait les profits de Toyota

Tesla vient tout juste de publier ses chiffres mondiaux de ventes et de production de 2020. Le constructeur américain fondé par Elon Musk a annoncé avoir produit 509 737 voitures électriques et en avoir vendu 499 550 en 2020, soit 132.000 de plus qu'en 2019... et 450.000 de plus qu'en 2015 (dont 442.000 " Model 3 ").

Elon Musk avait annoncé des objectifs beaucoup plus ambitieux au début de l'année 2020, de l'ordre du million, un chiffre symbolique qui avait marqué les esprits puisque cela aurait représenté environ 10% des ventes d'un constructeur comme Toyota ou le groupe Volkswagen, mais avec seulement une poignée de modèles, tous intégralement électriques, et déclinés en très peu de versions.

Chaque modèle de Tesla est proposé avec 3 niveaux de puissance et d'autonomie en moyenne, avec un minimum d'options, un choix de couleurs réduit, contrairement à ses concurrents historiques qui maintiennent une politique de forte diversité de leur gamme... ce qui ne leur pose pas de problème de production puisqu'en dehors de la " propulsion " (non thermique), la carrosserie (berlines, breaks, coupés, roadster), les types de peinture et les habitacles existent déjà sous plusieurs versions et niveaux de finition différents.

Le choix de Tesla de miser sur une gamme resserrée ressemble beaucoup à la philosophie d'Henry Ford dans les années 1910/1920 (il y a tout juste 1 siècle) avec la " Model T " qui avait succédé à la déjà très réputée " Model S " et qui selon la légende aurait déclaré : " les acheteurs peuvent l'acheter de la couleur qu'ils souhaitent, pourvu que ce soit du noir ".

Henry Ford avait exigé que son prix de fabrication la rende accessible à l'achat aux salariés (bénéficiant du double statut de producteur et de client) qui l'assemblaient. Elle était commercialisée pour l'équivalent de 3.300$ de 2020 (soit 15 fois moins chère qu'une Tesla de milieu de gamme), d'où un effort de rationalisation et de chasse aux coûts -symbolisé par les " lignes d'assemblage " - qui est devenu le pilier du capitalisme moderne.

Elon Musk s'inspire donc largement de Ford, avec ses " Gigafactories " (par opposition aux usines très disséminées de la concurrence), sauf peut-être au niveau des rémunérations, lesquelles figurent parmi les plus basse de l'industrie automobile américaine.

Mais c'est ainsi que Tesla est parvenu à dégager une série de précieux bénéfices -même symboliques- qui lui ont ouvert la route de l'accession au S&P500.

Elon Musk pourrait désormais envisager de se montrer plus généreux dans la mesure où les actionnaires se sont rués comme jamais sur un titre du secteur automobile, dans la perspective d'un avenir radieux où la question des salaires est largement éclipsée par l'avance technologique du groupe sur ses concurrents (ce qui fut durant environ une décennie le cas de Ford) puis le potentiel " disruptif " du leader mondial de la mobilité " verte " et autonome.

Mais combien vaut une " disruption " ?
Avec une capitalisation de 840 milliards de $, chaque voiture vendue par Tesla est valorisés 1,68 millions $ contre 9.000$ par véhicule General Motors et 25.000$ par véhicule Toyota, le constructeur le plus profitable avec 20Mds$ de bénéfices en 2019 pour 10,7 millions de véhicules vendus.

Puisque la valorisation de la division automobile de Tesla s'avère sur le papier plus de 27 fois supérieure à Toyota qui se paye une fois son chiffre d'affaire et 12 fois ses bénéfices, c'est qu'il doit exister une réserve de valeur dans d'autres secteurs d'activité. Les fans de Tesla évoquent volontiers l'imminence d'une révolution dans le domaine des batteries, un espoir entretenu avec la présentation fin septembre dernier du projet "roadrunner" et des "cellules 4680", affichant une meilleure autonomie, de l'ordre de + 16 % pour la cellule seule et une série d'améliorations techniques et chimiques permettrait d'obtenir +54% à volume égal.

Le coût du Kilowatt au moment de la charge serait même réduit de -56%... une vraie révolution, mais le prix de fabrication (et celui des composants) reste un mystère et Tesla évoque plutôt une hausse d'autonomie de +16% sur ses modèles les plus vendus et son futur Cybertruck... et seulement à partir de 2022.

A propos de SUV, Tesla annonce une baisse de prix de près de -8.000$ sur son SUV "Model Y" d'entrée de gamme, à 42.000$, soit 10% de plus que la Tesla "Model 3"... mais un SUV doté d'une autonomie réduite (moins de 400Km) et donc destiné à des petits trajets quotidiens par opposition aux véhicules haut de gamme (à partir de 60.000$) permettant d'effectuer de longs trajets de 500Km et plus avec une seule charge.

Les investisseurs semblent saluer cet effort tarifaire sans vraiment s'interroger sur l'impact sur la marge.
En fait, les investisseurs ne se préoccupent plus de savoir si Tesla sera profitable en 2021 ou 2022 puisque le groupe a levé pas loin de 12Mds$ sous forme d'émissions de titres en 2020 (en 3 étapes) et peut à tout moment annoncer une nouvelle augmentation de capital de 8Mds$ (seulement 1% de la capitalisation) que les actionnaires s'arracheraient dans le climat d'euphorie actuelle.

Tesla pourrait alors théoriquement perdre durablement de l'argent sur son activité automobile mais disposer d'une trésorerie lui permettant de distribuer des dividendes durant des années.

Mais Tesla ne distribue pas de dividende et promet de réinvestir sa trésorerie dans le développement de technologies du futur, comme le système "autopilot" ou les batteries haute performances : les investisseurs parient sur la capacité d'Elon Musk à continuer de les faire rêver.

Sur la base de la valorisation actuelle, ils payent une entreprise qui vendrait 22 millions de voitures en 2035 (pour un chiffre d'affaire titanesque de 1.200Mds$, qu'aucune entreprise sur terre n'a jamais atteint), détiendrait 40% de part de marché des véhicules électriques, serait leader mondial de la conduite autonome et serait durablement aussi profitable que Toyota (soit la distribution de l'équivalent de 60$ par titre).

Et il faut de surcroit parier que la plupart des constructeurs concurrents - sauf peut-être le chinois NIO qui ne produit que des modèles 100% électrique - vont jeter l'éponge d'ici 2025 et n'auraient d'autre choix que de brader leurs usines à Tesla.


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